Affiche du bâtiment Bauhaus à Dessau

Space Age Design : Un courant à la conquête des formes futuristes

par | STYLES & COURANTS

Le mouvement Space Age design, particulièrement développé au cours des années 60, est un mouvement à la fois éphémère, futuriste et utopique. La fascination pour la conquête spatiale et l’imagerie du nucléaire seront les deux principales influences de ce courant contrasté. Véritable ode à l’avenir, il se caractérise par ses formes organiques souples et ses matériaux modulables qui se veulent à la fois élégants et modernes.

Histoire : entre optimisme et inquiétude

Churchill, Staline et Truman à la Conférence de Postdam, 1945 © Encyclopaediae Britannica

Été 1945 : le Royaume-Uni, Les États-Unis et l’URSS organisent la conférence de Postdam, afin de s’accorder sur le sort des pays vaincus. La victoire est proche, tandis que l’empereur japonais Hirohito refuse de capituler. Précipiter la fin de la Seconde Guerre Mondiale, voilà l’objectif principal du président Harry S. Truman alors à la tête des États-Unis. Sous son autorité, la bombe « Little Boy », survole la ville d’Hiroshima le 6 Août 1945. À 8 heures 15 heure locale, « Little Boy » détonne à seulement 500 mètres du sol ; et soumet plus de 110 000 habitants à sa puissance. Le Japon capitule de façon quasi-immédiate.

La naissance du Space Age design

Cet environnement glacial et agité post-conflit fait naître un courant du design tout à fait contrasté désormais connu sous le nom de Space Age (ou aussi Âge Atomique). Véritable ode à l’avenir, le mouvement naît sur la côte californienne et témoigne de la façon dont les expérimentations nucléaires ont marqué les consciences américaines. Immédiatement reconnaissable en raison de l’utilisation de motifs atomiques et de symboles de l’époque spatiale, le mouvement est considéré pour certains curateurs et historiens de l’art comme étant une quête de sens dans une époque où les valeurs conventionnelles sont remises en question. Dans l’angoisse d’une annihilation de la population mondiale depuis l’utilisation de la bombe atomique, il se manifeste comme un moyen de se reconnecter aux valeurs humaines. Entre autres, le Space Age design influence des secteurs variés bien que complémentaires tels que l’architecture, le design industriel, les arts visuels, le cinéma et la mode. 

The Chemosphere House, John Lautner (1960)

Voit ainsi prospérer dans la dualité, une fascination pour l’énergie nucléaire. À la fois compromis remarquable face aux énergies fossiles et puissance meurtrière, elle pourrait raviver les blessures d’une guerre tout juste achevée. Dans l’espoir de voir les États-Unis maintenir leur rang de leader économique ; une imagerie futuriste s’ancre dans la conscience collective. À l’esthétique industrielle des décennies précédentes, on lui préfère le Space Age dont l’apparence légère, éphémère et euphorique vient ravir les optimistes.

Des matériaux plus accessibles

À cette époque, les entreprises cherchant à produire en masse et à faible coût voient arriver d’un bon œil ces produits bien moins contraignants en matière de production. Pour répondre aux besoins urgents de reconstruction, le contre-plaqué, la fibre de verre, l’acier inoxydable et le plastique s’imposent. À l’imagerie spatiale géométrique et arrondie inspirée des satellites, des étoiles et des ovnis s’ajoute une iconographie nucléaire. Cet optimisme pour l’avenir teinté par le traumatisme de la guerre, fait du Space Age un courant contrasté. Le langage visuel caractéristique du courant s’inspire ainsi de matériaux malléables, modulables et ergonomiques capables de s’adapter aux changements de la société.

Designers, architectes et artistes en tout genre se nourrissent des avancées scientifiques et de cette fascination pour l’espace afin de rendre le design Space Age moderne. Pour séduire la société de consommation et répondre aux besoins d’ameublement, il faut désormais allier technologie et design. Silhouettes élégantes, bords incurvés et formes capsulaires sont les maîtres mots de ce design futuriste. Parmi les architectes du style “Googielui-même issu du mouvement Space Age, on compte Wayne McAllister, John Lautner ou encore Eero Saarinen dont les architectures contiennent diagonales audacieuses et autres formes boomerang.  

Une rupture esthétique

New York, Seagram Tower par Mies van der Rohe

Team Building, Los Angeles International Airport – Pereira & Luckman (1957-1961)

Les avancées scientifiques, toujours teintées du souvenir des événements nucléaires viennent nourrir l’esthétique d’après-guerre. Si certains objets restent fortement épurés pour répondre à des contraintes fonctionnelles de l’objet, les motifs de molécules, de particules atomiques et autres formes cellulaires décorent les espaces. Dans cette nouvelle ère où le monde rêve d’utopie, on modernise stationsessences, lavomatiques, motels, cafés et automobiles. Pour créer une ambiance élégante et moderne, les intérieurs s’ornent de formes organiques abstraites et épurées inspirées de la nature, pour évoquer des entités vivantes curvilignes allant des végétaux à la figure humaine. Celles-ci se veulent réconfortantes face aux formes plus anguleuses des technologies de destruction. 

Collection Moon Girl – © André Courrèges (1964)

Côté mode, la France est précurseur dans la tendance futuriste avec la ligne Space Age du créateur Pierre Cardin et la collection Moon Girl d’André Courrèges durant les années 60. Gogo Boots, mini-jupes, matières réfléchissantes et PVC soufflent un vent nouveau dans le secteur de l’habillement et propose pour la femme, une silhouette libérée des tailles de guêpe. À la frontière, la marque espagnole Paco Rabanne démocratise également l’utilisation de matériaux tels que l’aluminium, le plastique et le plexigass dans le domaine et privilégie également les coupes droites 

Des designers de renom

Du côté des designers, Verner Panton, Joe Colombo, Eero Aarnio et Vico Magistretti font figure de pionniers. À ces créateurs de renom s’ajoutent Charles & Ray Eames, Eero Saarinen et Frank Lloyd Wright qui mettent les « formes vitales » arrondies à l’honneur. Chaises et tables sur piédestel deviennent monnaie courante et le plastique remplace le bois comme matériau phare de l’époque. La Panton Chair en forme de S de Verner Panton sera notamment une des premières chaises porteuses du concept de la forme et du matériau unique, et constitue un tournant dans l’histoire du design d’objet.

Panton Chair, Verner Panton (1960s)

Ce qu’il faut retenir du Space Age

Mélange entre design géométrique et formes souples, le tout accompagné d’un fini verni aux couleurs éclatantes, le mouvement Space Age capture l’engouement de l’époque pour la conquête d’un nouveau monde qui fascina toute une génération et marqua de façon significative le XXe siècle. 

Photo de couverture : 1970, Cologne. Furniture design de Kartell, Herman Miller et Verner Panton.

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